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Genève

Association internationale des femmes

banniereGrâce à un certain nombre de personnalités marquantes, grâce aussi à «l’esprit de Genève», ville ouverte et généreuse au tournant des 19e et 20e siècles, Genève a joué un rôle important dans l’histoire du féminisme suisse et international.

La première organisation féministe internationale fut fondée par la Genevoise Marie Gœgg-Pouchoulin (1826-1899), née dans une famille d’horlogers réfugiés à Genève après la révocation de l’Edit de Nantes. L’Association internationale des femmes (AIF) fut créée le 26 juillet 1868 à Genève, au 9 de la rue du Mont-Blanc devant un public pour le moins clairsemé. Réorganisée en 1872 sous le nom de Solidarité, l’association avait aussi son organe de presse, Le journal des femmes, qui devint ensuite Solidarité. Marie Gœgg était une visionnaire. Avec plus de cent ans d’avance, les statuts de la nouvelle organisation préfigurent de façon étonnante l’article 8 al. 2 de la Constitution fédérale actuelle, voté par le peuple le 14 juin 1981. Comparons. Article premier de l’AIF : « L’Association internationale des femmes (…) réclame l’égalité dans le salaire, dans l’instruction, dans la famille et devant la loi ». Art. 8 Cst. : « L’homme et la femme sont égaux en droits. La loi pourvoit à l’égalité en particulier dans les domaines de la famille, de l’instruction et du travail. Les hommes et les femmes ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale ».

Les femmes s’organisent

Dissoute en 1880, Solidarité a posé la première pierre d’un féminisme organisé. Mais il faudra attendre encore onze ans pour que les Genevoises se mobilisent plus activement. En 1891, à l’initiative de Mmes Cuénod-Lombard, Choisy, Gillet, Welter-Grot, Gœgg et de Mlle Brechbühl, la séance de fondation de l’Union des femmes de Genève a lieu au Casino de Saint-Pierre, en présence d’une petite centaine de femmes, pour la plupart issues des élites protestantes. Solidarité féminine, éducation, activité philanthropique et suffrage féminin sont au programme. L’Union prend à sa charge d’organiser en 1896, à l’occasion de la deuxième Exposition nationale suisse, le premier Congrès féminin suisse. Les femmes se pressent en nombre durant les trois jours de conférences qui ont lieu à l’aula de l’Université. Les réceptions ont lieu au palais Eynard. C’est la Genevoise Camille Vidart (1854-1930) qui préside le congrès et c’est en grande partie grâce à elle qu’il doit sa réussite. Il débouchera en 1900 sur la création à Berne de l’Alliance de sociétés féminines suisses, qui regroupe toutes les organisations féminines, qu’il s’agisse d’associations ouvrières, professionnelles, philanthropiques ou féministes.

A l’initiative d’Auguste de Morsier, député au Grand Conseil genevois, de Louis Bridel, professeur de droit comparé à l’Université de Genève, de Camille Vidart et Pauline Chaponnière-Chaix (1850-1934), Genève est un des premiers cantons où se crée une association exclusivement vouée à l’obtention du suffrage féminin. Nous sommes en 1907. L’écrivaine et femme de pasteur Aline Hoffmann (1856-1920) en est la première présidente et Emilie Gourd (1879-1946) la deuxième, en 1912. Cette année-là, l’association compte 162 membres. Ils seront 216 en 1916, dont 45 messieurs. Le canton compte alors quelque 170’700 habitants. De petits succès couronnent le travail de lobbying de l’association : en 1930, après un intense combat en faveur des « prud’femmes », les femmes deviennent électrices et éligibles aux tribunaux de prud’hommes. En 1935, la loi instituant une chambre pénale de l’enfance prévoit que l’un des deux juges assesseurs faisant partie de cette chambre peut être une femme. Sur le plan paroissial, les protestantes peuvent voter depuis 1908.

Figures de proue et femmes de l’ombre

emiliegourdImpossible de traiter du féminisme genevois, suisse et international sans évoquer la figure d’Emilie Gourd, fondatrice, en 1912, du mensuel Le Mouvement Féministe, qui existe encore aujourd’hui sous le titre L’émilie. Elle présida, le plus souvent jusqu’à sa mort, un très grand nombre d’associations philanthropiques et féministes, en particulier l’Association suisse pour le Suffrage féminin de 1914 à 1928. Auparavant, elle avait été secrétaire de l’Alliance de sociétés féminines suisses sous la présidence de Pauline Chaponnière-Chaix, autre femme remarquable, deux fois présidente de l’Alliance (1904-1910 et 1916-1920) et présidente du Conseil International des Femmes de 1920 à 1922.

Ainsi, grâce à quelques personnalités féminines et masculines, grâce aussi à un grand nombre de femmes qui travaillèrent dans l’ombre à résoudre l’épineuse question du suffrage féminin, les Genevoises obtinrent le droit de vote et d’éligibilité sur le plan cantonal le 6 mars 1960 (55,4% de oui), après les cantons de Vaud et Neuchâtel.

http://www.memo-online.com/article.asp?ID=REG_GEN_CON_022